Private Equity Magazine – Septembre 2025
Anaxago devrait terminer l’année avec 800 millions d’euros sous gestion, répartis entre une stratégie d’investissement immobilier, des club deals en capital-risque et un fonds de fonds à impact dont le premier millésime achève sa levée. Tous ces véhicules bénéficient de la présence que le groupe cultive depuis plus de 10 ans auprès d’une clientèle de particuliers qui font transiter leurs investissements par sa plateforme digitale.
Tirant toujours l’essentiel de ses encours de l’investissement immobilier, Anaxago a commencé ces dernières années à diversifier ses stratégies vers le capital-risque et le fonds de fonds à impact, incluant une petite capacité de co-investissement direct. Né en tant qu’acteur du crowdfunding, il s’ouvre également progressivement à de nouveaux types de souscripteurs.
Alors que tous les GPs s’échinent à séduire les épargnants français et européens dans une logique de « démocratisation » du private equity (lire actus page 6), Anaxago cultive depuis de nombreuses années ce lien avec l’investisseur particulier.
Créée en 2012 en tant que plateforme de crowdfunding à travers laquelle se finançaient des jeunes sociétés innovantes, elle a progressivement élargi son terrain de jeu et ses modalités d’intervention, sans pour autant opérer une bascule complète de son modèle.
« Nos débuts ont coïncidé avec l’essor des start-up de l’économie collaborative, technologiques et digitales, qui trouvaient peu d’investisseurs pour les soutenir. Dès 2013, nous nous sommes positionnés comme un acteur du venture early stage avec la capacité de répondre à des besoins allant de 200 000 à 2 millions d’euros via notre plateforme. En 2014, nous avons élargi notre couverture des classes d’actifs alternatives en lançant une offre de dette privée immobilière pour répondre, là encore, à un manque de financement des projets, retrace Joachim Dupont, fondateur et président de la société. Aujourd’hui, notre plateforme historique collecte quelque 150 millions d’euros par an à travers une large palette de produits financiers : SCPI, assurance-vie, fonds de fonds, produits structurés liquides… »
INTÉGRATION DE CAPHORN
Surtout, combinée avec une société de gestion dûment immatriculée en 2018, elle est un canal privilégié de commercialisation de ses stratégies maison, accompagnant la poursuite de la diversification d’Anaxago dans le domaine du venture et son élargissement vers le private equity.
Le groupe a nettement renforcé saprésence sur le marché du capital-risque en se rapprochant de la société de gestion CapHorn en 2021. Cette acquisition s’était accompagnée de l’arrivée de Sofiouest en tant qu’actionnaire minoritaire du groupe consolidé aux côtés de Joachim Dupont et de son épouse, Caroline Lamaud Dupont, toujours détenteurs de 70% de son capital.
« Investisseur historique des club-deals et des fonds gérés par Anaxago Capital, ce sont les performances de croissance du groupe et son engagement pour le financement de l’économie réelle en accord avec les principes d’investissements responsables défendus par Sofiouest, qui nous ont convaincu d’en devenir actionnaire », déclarait à cette occasion celui qui était le directeur général du holding rattaché au groupe Ouest France, Patrice Hutin, aujourd’hui président de son conseil d’administration.
À l’époque, CapHorn gérait deux fonds institutionnels dotés respectivement de 50 et 130 millions d’euros. Ajoutés aux club deals toujours intermédiés dans une logique de crowdfunding, cela représentait un pôle de capital-risque global de 250 millions d’euros d’encours environ.
Depuis quatre ans, l’équipe de l’ex-CapHorn gère donc l’extinction de ses véhicules historiques et s’est pleinement convertie à une stratégie de club deals pour constituer des tickets généralement compris entre 1 et 10 millions d’euros.
Compte tenu de son track record en early stage, son cœur d’intervention reste l’amorçage et la série A, même si elle s’autorise à accompagner des participations jusqu’en late stage.
« Les investisseurs avisés, de type high net worth individuals ou family offices, représentent environ 80% de la collecte de nos club deals en venture et leur canal de souscription privilégié est notre plateforme. De son côté, la société de gestion assure en interne le sourcing et la gestion du portefeuille, composé aujourd’hui d’une soixantaine de lignes entre l’héritage de CapHorn et les opérations réalisées depuis quatre ans », souligne Joachim Dupont.
Concernant le private equity hors capital-risque, Anaxago a choisi de se lancer avec une stratégie de fonds de fonds à impact. Baptisé AxClimat, son premier vintage espère lever de 40 à 50 millions d’euros d’ici au début de 2026 ; lors de sa présentation, en décembre 2023, une taille cible de 100 millions avait été communiquée.
Sur la base des 30 premiers millions qu’il a déjà collectés, il a également commencé son déploiement en souscrivant à trois fonds : Vidia Climate Fund I, un fonds de buyout allemand dédié à la décarbonation industrielle, Verdane Idun II, un fonds scandinave de growth à impact, et Partech Impact Fund, le millésime inaugural de la stratégie de growth à impact du VC français.
Deux autres dossiers sont assez avancés et devraient être finalisés d’ici peu.
Pour sa distribution, AxClimat, accessible à partir de 20 000 euros, bénéficie lui aussi de la force de frappe de la plateforme Anaxago, complétée par un réseau de cabinets en gestion de patrimoine et de banques privées.
« AxClimat élargit notre gamme historique au private equity. Avec cette stratégie, nous ciblons des fonds européens, mais également, pour 20% du portefeuille, du co-investissement dans des entreprises souvent sous LBO et engagées dans la décarbonation. Nous commençons à recevoir du deal flow de nos GPs partenaires, se félicite Joachim Dupont. De plus, il nous donne accès à du sourcing international qui coche une autre de nos ambitions stratégiques, à savoir accélérer notre développement hors de France. Nous sommes déjà actionnaires de quelques start-up aux États-Unis et avons participé à la récente levée d’une société britannique aux côtés de Google Ventures. »
PETITS INSTITUTIONNELS
La croissance future d’Anaxago passe également par les prémices d’une ouverture vers la sphère institutionnelle, sans se détacher de ses racines liées au crowdfunding et de sa plateforme aujourd’hui bien utile pour rendre possible l’élargissement de ses débouchés.
« Notre société de gestion commence à diversifier sa clientèle vers les institutionnels. Nous travaillons notamment dans le cadre de mandats en dette privée immobilière, indique le président du groupe. Sur cette classe d’actifs, nous nous concentrons sur des transactions plus significatives grâce à notre accès à un sourcing important au niveau national : notre stratégie est de segmenter nos interventions afin que les projets de moins de 5 millions d’euros soient financés par la plateforme et que nous puissions nous positionner sur des dossiers allant jusqu’à 20 millions grâce à nos partenaires institutionnels. »
Toujours sur cette verticale immobilière, le groupe ambitionne aussi de prendre des positions sur le marché de l’asset-backed financing.
De même, certaines de ces relations, de type institutionnels de Tier 3, pourraient progressivement participer aux club deals de venture que la plateforme Anaxago intermédie.
En attendant, la société de gestion devrait terminer son exercice 2025 avec près de 800 millions d’euros d’encours.
La majorité – 450 millions – est constituée d’actifs immobiliers sous la forme de biens en rénovation et d’hôtels dont la plateforme détient les murs et les fonds ; le solde se partage entre le capital-risque et le fonds de fonds : les club deals administrés par l’ancienne équipe de CapHorn en représentent 250 millions d’euros et AxClimat en gère environ 30 millions à ce stade.
Au titre de son statut de société à mission obtenu à la mi-2023, Anaxago a pour ambition de déployer 80% de ces capitaux dans des projets engagés, notamment en faveur du climat.
Au-delà des chiffres, cela illustre l’ultime objectif de ses dirigeants d’en faire une société de gestion spécialisée dans les actifs alternatifs engagés. Un vaste champ des possibles reste ouvert devant eux pour y parvenir.
ENTRÉES
Check & Visit (mai 2023)
Avec la proptech Check & Visit, dont il est devenu actionnaire en 2023 lors d’une série A de 12,5 M€, Anaxago a combiné ses deux expertises en immobilier et en capital-risque : cette société a pour métier principal de digitaliser les états des lieux réalisés lors de transactions immobilières.
Au fil de ses développements, elle a aussi intégré une capacité à réaliser des plans numériques et des diagnostics de performance énergétique.
Outre CapHorn/Anaxago, elle a accueilli à son capital en 2023 Amavi, EuroBIM, Realty Corporation et Kima Ventures, et bénéficié du réinvestissement d’Axeleo Capital et de Breizh Up.
Tous deux lui avaient apporté 1,6 M€ pour son tour d’amorçage de 2020 ; The Moon Venture y avait également contribué et était sorti à la faveur de la série A.
Portefeuille de trois hôtels à Bordeaux (novembre 2022)
Anaxago a permis aux utilisateurs de sa plateforme de crowdfunding immobilier d’entrer au capital de trois hôtels situés à Bordeaux à l’occasion d’une opération menée par le gestionnaire d’actifs Extendam, aux côtés du promoteur Redman Hospitality, qui en était le propriétaire.
Ce club deal s’est fait sous la forme d’obligations convertibles en actions.
Les trois établissements – Seeko’o Hôtel Design, Radisson Blu Hotel Bordeaux, Holiday Inn Express Bordeaux Lormont – sont dotés de trois et quatre étoiles.
« Les deux premiers sont idéalement situés dans Bordeaux et constituent de véritables pièces d’architecture, résultat de la créativité de l’agence King Kong. L’Holiday Inn est stratégiquement placé, à l’entrée de la ville, sur les axes routiers principaux, et reflète la dernière génération de la marque économique du groupe IHG. Les trois établissements sont localisés au nord de la ville de Bordeaux et forment un ensemble mixte et diversifié », présentaient les investisseurs en novembre 2022.
Posos (octobre 2022)
CapHorn a réinvesti en 2022 au capital de la medtech Posos à la faveur de sa série A de 9,8 M€.
Le VC avait déjà participé à son tour d’amorçage trois ans auparavant ; entre les deux, il est entré dans le giron d’Anaxago.
Pour cette nouvelle opération, il a été suivi par Mélusine Holding, à ses côtés depuis le début, ainsi que par les nouveaux entrants Sofiouest, Banque des Territoires, Captech Santé & Nord France Amorçage et AG2R La Mondiale.
Posos développe un outil de recommandation de prise en charge médicamenteuse à destination des médecins.
À l’époque de sa levée, elle voulait accélérer son déploiement dans les hôpitaux français, réaliser quelques preuves de concept à l’étranger et accentuer ses efforts marketing.
Explora Project (juillet 2022)
L’organisateur de séjours durables et d’aventure Explora Project a accueilli CapHorn Invest et Aonia Ventures à son capital lors de sa série A de 4 M€.
Ils étaient suivis par ses actionnaires historiques 50 Partners et C2AD, arrivés à l’occasion de son tour d’amorçage de 2020 (1,7 M€ dont 400000 € de dette).
Ces capitaux frais devaient être alloués à la montée en charge du Explora Hub, qui recouvre la logistique, les réservations, les calendriers…, à l’élargissement du catalogue de voyages vers de nouveaux univers comme la pleine nature, l’événementiel ou les enfants, et à son expansion internationale.

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